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Didier DREO |
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Fidèles amis visiteurs du site Culture et celtie, l’e-MAGazine, vous avez, sans nul doute, déjà croisé, au fil de nos pages en ligne, le nom de cette aussi brillante que discrète figure de la scène armoricaine, celui d’un compositeur, chanteur et guitariste finistérien, particulièrement attaché à la langue et à la culture bretonnes. |
Musicien professionnel depuis juin 1996, créateur, dès 1992, avec le chanteur Kristen NIKOLAS du regretté groupe KERN qui enregistrera trois CD, co-créateur, en 2000, du groupe ARSA (Didier DREAU (Guitare acoustique), Stéphane HARDY (Bombarde), Lors LANDAT (Chant, Chant Basse-Bretagne), Stéphane LE DRO (Clarinette), Marc PAULO (Piston, Flûte traversière en bois, Bombarde) qui obtiendra, en 200,1 le Trophée Dagan du meilleur groupe de musique celtique, Didier DREO a également composé, en cette même année 2000, après sa rencontre avec le poète écrivain voyageur rennais Michel DEMION, aussi sonneur de la KEVRENN BREST SANT MARK, un oratorio celtique, dénommé « TRAMAR ». C’est en 2007, que Didier DREO enregistre son premier disque solo, d’inspiration celtique et titré « Kerdin da Zirostan » (Voir son site officiel). Parmi d’autres fort riches expériences artistiques, il sera, aussi, chef de chœur de MOUZIOU PLUGUEN, à Pluguffan, de la CHORALE DES ETANGS, à Rosporden et de MOUEZH BRO KONK (La voix du pays de Concarneau). C’est en puisant son inspiration dans les récits de son enfance, bercée par les histoires narrées, dans sa famille, en breton, que Didier DREO nous propose son 4ème et nouvel opus, « Kanaouennoù ‘ba tal ar bern foenn – Chants des tas de foin ». Produit par Kat PLUGUEN, distribué par ARFOLK, vous allez amplement apprécier un album généreux constitué de pas moins de 14 titres, dont 6 instrumentaux, tous d’un large spectre stylistique musical, un enregistrement s’étirant, pour notre plus exigeant plaisir, sur plus de 50 minutes d’une balade pastorale et enracinée. Pour les non-locuteurs, nul risque d’exclusion de compréhension, puisque la quasi-totalité des textes est, au fil d’un livret d’une dizaine de pages, par ailleurs, illustré par de belles photos ou fonds de pages graphiques, traduits en Français. Né de deux années d’un méticuleux travail préservant l’authenticité, avec des textes légués par sa famille, utilisés, mot pour mot, sans réécriture, ce nouveau projet artistique et discographique s’inscrit dans la continuité du parcours du musicien, certes, éclectique, mais ayant pour sphère commune, la Bretagne, un certain néo-celtisme et, au premier chef la transmission de la langue vernaculaire. Illustrant magnifiquement, le visuel frontal de la jaquette, le programme proposé s’ouvre sur le titre éponyme « Ba 'tal ar bern foenn – Sur le front du tas de foin ». |
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[……] Lors oa ‘tont deus ar foar, Leun e gof karget doull g’ar boesson. ‘Oa ket gouest diramp(añ) deus kein ar marc’h, Risset(klet) e dreid plat tapet ul lamm sec’h ‘koue’ho ! Kouezhet ba ‘tal ar bern foenn ! |
[……] Lors revenait de la foire Après avoir généreusement refait les niveaux (d’alcool) il était incapable de se (dé)califourchonnner de son cheval ses pieds plats ont glissé, il a fait une chute fracassante Est tombé sur le front du tas de foin |
Mixé à une ambiance de ruisseau courant, de chants d’oiseaux, de sons animaliers et pastoraux, de cloches… le parfum du terroir breton émane d’entrée de cette belle composition où le chant de Maïwen et de Didier fusionnent en contre-chant ou se répondent, à merveilles, sur un thème folk qui se « rockise » avec le jeu électrique du guitariste, ce qui nous semble mettre en exergue le côté intergénérationnel souhaité. S’agissant, comme pour un recueil de photos, d’un authentique album de famille, c’est, à présent, la voix du père de l’artiste qui, brièvement, dans un rire partagé, préface, épicé d’un savoureux breton bien timbré, la deuxième piste de l’enregistrement et titrée « Per Borich ». Cette voix paternelle, vous la retrouverez, plus en longueur encore, et dans un registre narratif plus grave, au cours du morceau qui conclut le disque, intitulé « Skol ar republik – École de la République ». Dans un format, finalement assez proche d’un actuel slam, Didier DREO a adossé l’entièreté du texte dit par son père, à sa composition musicale originale qu’il partage avec deux invités, Lukian PERON, à la mandoline et au banjo et Quentin JULIARD au tambourins. Vous saisirez, d’entrée, la teneur du sujet qui semble, déjà, induite dans le titre du morceau et qui, avec injuste dictat, se précise dans la phrase qui, en quelque sorte, le chapeaute. |
Ne ‘gaozin ket brezhoneg ken ba’ c’hourt. |
Je ne parlerai plus breton dans la cour. |
![]() Didier DREO - © Photo X (Dossier de presse ARFOLK) |
Bien évidemment, cela nous rappelle que pendant plus d'un siècle, la langue bretonne a été frappée d'interdiction dans les écoles. En effet, du début du 19eme siècle aux années 1950, l'école a été l'outil central de la répression du breton par l'État français, déterminé à instaurer une langue unique dans tout le pays. Par association d’idée injuriante et abjecte, une interdiction, exprimée, comme un quasi-slogan était, parfois placardée dans les établissements scolaires sous cette forme : |
Met ni ouiemp ket gakkeg ‘n’omp Setu ni chomé sabatuet tout, ba ‘c’horn deus ar c’hourt. Setu ni chomé sabatuet tout, harpet tout Den ‘bet deus ar re war ‘maez ouié c’hoari galleg ‘né(zho). Setu int… c’hoarient ket tamm bet ken ‘né(zho). |
Mais nous on ne savait pas jouer en français Donc, on restait prostrés dans un coin de la cour On restait prostré, bloqué Aucun de ceux de la compagne ne savait jouer en français Donc, ils ne jouaient plus du tout |
C’est sur une rythmique assez transe, une mélodie presque méditerrannéo-orientale que l’ardent défenseur de la langue bretonne qu’est Didier DREO, nous livre avec des accents guitaristiques teintés rock, ce texte « témoignage » dont le cœur du propos sera, au fil du temps, atténué par la création, en 1977, grâce au musicien, brittophone Reun L'HOSTIS, de l’école DIWAN, dont le premier président sera le chanteur, musicien et libraire Gweltaz AR FUR, qui occupera ces fonctions, jusqu'en 1980. A partir de ce moment, on pouvait, alors, recevoir un enseignement dans une langue minoritaire, possibilité qui s’est ouverte, par la suite, dans le cycle universitaire. Aujourd'hui, on trouve partout en Bretagne une offre de formation en langue bretonne qui comprend ce cursus d’études supérieures. Toujours dans le registre familial, puisque telle est la pierre angulaire de l’édifice choisie pour la réalisation de cet opus, nous retrouvons l’autre fille de Didier, Sterenn qui, en piste 6, joue notamment du piano sur le titre éponyme que son père avait composé à sa naissance. Egalement au piano, mais en toute fin de pièce, vous retrouverez Sterenn pour un autre instrumental, dénommé « An Dorioù – Les portes » où, en plus de sa fille, Didier partage la partition avec un autre musicien invité, Vincent TISON. La guitare classique fusionne avec des sonorités plus « world contemporaines », générées par des effets sur d’autres cordes et quelques percussions issues du drum pad de Vincent. En piste 4, le chant de Sterenn s’associe à celui de sa sœur Maïwen, d’Anaé COILLARD et de la comédienne et chanteuse des Monts d’Arée, Loeiza BEAUVIR pour une pétillante, espiègle et « swingante » composition, titrée « Goustatig », comme… lentement qui mettant en lumière toutes les recommandations parentales, reçues par l’enfant, notamment, celles où il ne faut, surtout pas, perdre son temps, propose, finalement, l’antidote d’une certaine sagesse dans la gestion du temps. |
Goustadik, sioulik, trankilik, hastit fonnus da gemer ho amzer Buan, buan, buan, buan, pas chom da c’hoari Buan, buan, buan, buan, pas chom da réviñ Tan dei’hi, krog ‘barzh, tizh dei’hi, fonnus Redek war lec’h an amzer a red Ha me lâr goustadik, sioulik, trankilik, hastit fonnus da gemer ho amzer […/…] |
Lentement, tranquillement, dépêche toi de prendre ton temps Vite, vite, vite, vite reste pas jouer Vite, vite, vite, vite reste pas rêver Mets le feu, croche dedans, en vitesse, rapidement Courir après le temps qui court Et moi, je dis, lentement, tranquillement, dépêche toi donc de prendre ton temps […/…] |
Une expression vocale collégiale entre rythme syncopé de reggae et zestes de swing « jazzy », autour de la guitare et de la voix de Didier où toutes les voix féminines s’harmonisent élégamment dans le chant et le contre-chant et qui traduit, peut-être, une autre approche existentielle générationnelle. Comme pour boucler cette spire culturelle bretonne et linguistique de la transmission qui enlace, chez les DREAU, cinq générations, vous distinguerez parfaitement, dans la même configuration vocale que celle suscitée, toutefois, additionnée du chant de Meltan DREAU, le chant de la petite-fille Anaé, âgée seulement de 5 ans qui, dans « Mad an traoù – Bonne chance », se joint à un généreux « Yec’head mad, Yec’head mad d’an holl ». Une très jolie et tendre « pastille musicale », au cours de laquelle vous noterez le pont d’une nappe vocale, très « chorale », qui peut rappeler les fonctions de chef de chœur de Didier. Ne souhaitant aucunement altérer votre propre plaisir de découverte, nous n’évoquerons pas, dans cette chronique, tous les morceaux qui, dans leurs registres variés, sont, tous, dignes d’intérêt. Toutefois nous ne conclurons pas notre papier numérique sans évoquer, en piste 11, « Heol teñval penn ar bed - Le soleil sombre du bout du monde », magistral instrumental qui nous a beaucoup séduits. Cet instrumental marque, aussi, une césure stylistique dans l’ordonnancement des titres proposés en introduisant, notamment, sur la piste suivante « Reuz zo ba roc’h an Ankoù » où la granitique langue bretonne, même lorsque le chant de Didier se fait plus doux, voire narratif, rivalise de rock avec les lignes échevelées des guitares électriques. Avec « Kanaouennoù ‘ba tal ar bern foenn – Chants des tas de foin », Didier DREO nous livre, en quelque sorte, un album conceptuel, un authentique témoignage vivant de la mémoire familiale, exprimé dans la langue dont il est l'un des défenseurs les plus fervents et impliqués. « On peut pas traduire ça en français, tu sais bien ! Pour « Kanaouennoù ‘ba tal ar bern foenn – Chants des tas de foin » », Didier DREO a effectué un travail remarquable quant à la création de mélodies qui épousent parfaitement la musicalité naturelle de la langue bretonne, ainsi que pour l’intégration brute de textes collectés qui ne sont pas, par nature, initialement, des paroles de chansons. Musicalement, l'opus propose une grande diversité de styles entre influences blues, jazz, rock, parfois progressif, allant même jusqu’aux couleurs de flamenco, comme pour l’avant-dernier titre, « Redadeg ». Malgré que ce disque ne soit pas directement d’inspiration celtique ou traditionnelle bretonne, néanmoins, il en porte, parfois, quelques traces, cet album reste profondément ancré dans la tradition bretonne, notamment de par ses sonorités orales narratives. Nous avons beaucoup aimé cet opus, sincère, authentique, généreux, indiscutablement bien enraciné dans le terroir breton d’argoat, mais, aussi, tellement contemporain, avec un fort intéressant spectre de jeux et de sons de guitareS qui, au cours d’une même pièce savent, non seulement cohabiter, mais se répondre, voire se défier. Tout comme nous, vous apprécierez, sans nul doute, « Kanaouennoù 'ba tal ar bern foenn », de Didier DREO. Le CD est disponible sur la boutique en ligne d'ARFOLK (Voir page), ainsi que dans les réseaux de distribution habituels. Gérard SIMON |
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Nous vous proposons d'écouter un medley de trois titres extraits de l'album : "Per borich", "Park al lann", "Heol tenval penn ar bed". (06:41). |
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Les titres du CD Kanaouenoù 'ba tal ar bern foenn - Chants des tas de foin.
01 – Ba tal ar bern fouenn - 05:14. Dure totale : 50:39. |
CD de Didier DREO "Kanaouenoù 'ba tal ar bern foenn - Chants des tas de foin". Parution : 19 juin 2026. Réf : AR1251. Production : Kat PLUGUEN. Distribution : www.arfolk.bzh |
| © Culture et Celtie |
| Illustration sonore de la page : Didier DREO - "'ba tal ar bern foenn" - Extrait de 01:20. Le site officiel de Didier DREO : didierdreo.wordpress.com |