Sur ces pages nous ne sacralisons aucune star ! Nous évoquons avec la même conviction les talents très connus, comme ceux de l'ombre, traditionnels ou progressistes, tous les artistes qui portent haut la Bretagne et la Celtie d'aujourd'hui.



Page sonorisée
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LES SIFFLEURS DE NUIT - "Déliez-moi les pieds"

Le site Internet du groupe

Les siffleurs de nuit, « Déliez–moi les pieds » : La Bretagne au pays des érables.

Entendez-vous, dans les vastes forêts de la « Belle Province » québécoise, cette douce mélodie qui nous interpelle, dès la nuit tombée ? Ce sont « les siffleurs de nuit ». Entre les hurlements des loups et la majesté des érables flamboyants, ces personnages mystérieux errent dans les grands espaces pour nous enchanter de chansons venues tout droit d’un pays que nous connaissons bien… la Bretagne ! Depuis que Jacques Cartier a posé le pied sur cette terre amérindienne, l’empreinte bretonne n’a eu de cesse de se perpétuer. Ce jeune groupe est une savoureuse rencontre entre deux québécois des cantons de l’Est et de deux bretons.

Un baiser fougueux entre les rives d’estuaires qui sont devenues inséparables, celles de la Loire et du Saint-Laurent. « Déliez-moi les pieds » fait, notamment, référence à la célèbre chanson « Dans les prisons de Nantes ». Véhiculée au cours des siècles par les marins et autres explorateurs, elle fait aujourd’hui partie intégrante du répertoire traditionnel québécois. D’ailleurs, sur les dix titres que compte ce premier opus, trois d’entre eux évoquent la citée des Ducs de Bretagne, à travers la « Suite de Nantes » (Rond de Loudéac) comprenant « Les prisons de Nantes », « Dessus le pont de Nantes » et « Sur le pont de Nantes ».

Dans le froid de l’hiver canadien, c’est la belle voix d’Emmanuelle Hélias qui réchauffe nos oreilles engourdies. Dans un répertoire comprenant des morceaux traditionnels de haute et basse Bretagne, Anthony Gérard, l’autre ambassadeur breton du groupe, l’accompagne avec une couleur vocale typique du chant « fest-noz. ». De leur côté, les deux homologues multi instrumentistes québécois Félix Duhamel et Alex Kehler apportent, dans leurs sacs de trappeurs, diverses sonorités qui aromatisent la musique bretonne de consonances québécoises. En effet, le traditionnel québécois étant, aussi, au carrefour de plusieurs cultures musicales celtiques, il y a souvent une note d’Irlande, voire d’Écosse, qui émerge en plus de la musique que les francophones ont pu amener à travers les siècles. Bien sûr, c’est sans compter l’influence du proche voisin américain où les musiques folk et country sont reines.

Le premier titre n’est autre que l’hanter-dro « Kanet berejelennig » dont les phrasés dynamiques du violon de Félix Duhamel dégagent ce fameux son irlandais qui se mélange merveilleusement avec les notes sautillantes et chaleureuses de la trompette interprétée par Anthony Gérard. Puis, nous retrouvons « Metig », cette célèbre gavotte où la trompette dotée d’une sourdine donne une teinte un tantinet jazzy. Seule au chant, sur ce titre, la voix d’Emmanuelle Hélias s’harmonise parfaitement à l’ensemble musical comme dans la « Gwerz Dom Yann Derrian ». Cette complainte rendue célèbre par Yann-Fañch Kemener résonne d’une très belle douceur dans les mains et voix habiles des Siffleurs de Nuit. « Le set de la rivière » est une suite des deux seules créations de l’album. « Le courant », signé Alex Kehler ainsi que le « Reel du lourd portage » qui nous emportent dans le tourbillon de la musique irlandaise. Un très beau duo violon-guitare introduit « Mec’hed Plonnevez » avant que les membres bretons du groupe n’entament sur ce plinn, un kan ha diskan aux accents mélodieux. « La casquette de violette » flambe de couleurs québécoises dès que ce bon vieux rond de Saint-Vincent emprunte les sentiers tracés par le rythme de la guimbarde jouée par Félix Duhamel. Ce titre est sans conteste, la meilleure représentation de cette superbe alliance entre traditionnel breton et québécois. La délicieuse chanson « O’rabat eo touch » est sublimée par la voix d’Emmanuelle Hélias et par l’accompagnement d’Alex Kehler, au cistre nordique. Place ensuite au rond de Loudéac où les percussions nous entraînent dans « Les prisons de Nantes ». Les voix de ce couple de chanteurs content la fabuleuse histoire de ce prisonnier libéré par la fille du geôlier pour finalement se rejoindre dans un bal « Dessus le pont de Nantes ». Dans ce titre qui sert d’intermède entre deux parties principales de la suite de Loudéac, la shruti box propage un bourdonnement hypnotisant semblable à celui des cornemuses. Cette grande virée britto-québecoise se conclut amoureusement « Sur le pont de Nantes ». Un pont qui relie indéfectiblement l’ancien et le nouveau monde qui partage, indéniablement, des racines communes.

De Nantes, cet album exhale un parfum d’exotisme et d’harmonie. Une matière bretonne raffinée aux saveurs québécoises telle une galette bretonne nappée d’un sirop d’érable succulent. Vous ne saurez résister au plaisir de vous en lécher les babines.

Xavier DANIEL

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L'e-Interview des Siffleurs de Nuit :
Groupe LES SIFFLEURS DE NUIT - © Photo X

Xavier DANIEL : Pourquoi avoir fait le choix de faire de la musique bretonne au Québec ?

Emmanuelle HELIAS : Comme beaucoup de Bretons, nous aimons notre culture et aimons la partager ! La musique bretonne a un caractère particulier qui interpelle l’auditoire quand on prend le temps de s’y arrêter. De plus, le Québec, et plus particulièrement Montréal, est très multiculturel. C’est donc naturel de vouloir partager sa culture avec les autres communautés, surtout avec les québécois qui sont très ouverts. Enfin, les québécois connaissent très bien la musique irlandaise qu’ils affectionnent. Par contre, la musique bretonne n’est connue que par de rares initiés. Les gens sont toujours surpris lorsqu’on leur explique que la Bretagne fait partie des nations celtes, ça éveille leur curiosité.
De plus, nous voulons que notre musique soit métissée. Notre démarche est une approche de partage d’influence et du bagage musical de chacun. Les puristes remarquerons, peut être, nos écarts de conduite dans le chant ou sur les tempos prescrits. Ce n’est pas notre vision. Pour nous, il s’agit, avant tout, de faire un heureux mélange, riche de sens, d’émotion et d’énergie, pour aller rejoindre l’auditoire et le faire danser.

XD : Est-ce que la culture bretonne est présente au Québec et comment est-elle accueillie ?

E H : C’est très bien accueilli. Les Québécois sont très réceptifs à la musique bretonne, en particulier aux chansons à répondre en Français ou en Gallo. Il y a bien longtemps, une bonne partie de ce répertoire chanté a traversé l’Atlantique. Les histoires racontées dans les chansons québécoises ressemblent à celles de l’Est de la Bretagne, voire à celles de l’Ouest de la France, en général. De plus, la culture traditionnelle québécoise fait la part belle aux danses et aux contes mais il n’existe aucune danse chantée. Elles sont seulement accompagnées de musique instrumentale. Les québécois aiment danser sur les chants en breton qui leur font penser à des « turluttes ». Ce sont des chants traditionnels québécois sans signification, mais basés sur la dextérité du chanteur, ou bien sur la réponse aux chants en français et gallo tout en dansant. Cela créer une belle énergie. Nous avons un très beau retour du public, particulièrement lors de nos concerts qui intègrent des contes. Je crois que c’est en partie par le fait que nous faisons voyager les gens à travers une culture différente. Elle est d’ailleurs très proche de la leur, d’autant plus que nos musiciens sont québécois. Ils s’y reconnaissent tout en étant emmenés ailleurs. Ne sont pas rares non plus, ceux qui y voient la culture d’un lointain parent !

XD : Est-ce que c’est important pour vous de valoriser autant le répertoire traditionnel de Haute que de Basse Bretagne ?

EH : La Bretagne comporte de multiples facettes et c’est bien là, une de ses grandes richesses. Lors de nos spectacles, nous invitons le public à voyager à travers différentes couleurs de langues, de styles musicaux et de contes. Cette culture est vivante de Brest à Nantes, de gwerzioù en chansons à répondre, de contes sur la mort à des « menteries » qu’ils soient d’ailleurs, en breton, en gallo ou en français.

XD : Pourquoi avez-vous fait le choix de mettre Nantes à l’honneur dans 3 des 10 titres de l’album ?

EH : A la base, nous aimions beaucoup les deux ronds de Loudéac « Dans les prisons de Nantes » et « Sur le Pont de Nantes ». Vu le contexte de 2014, ça nous a paru naturel de compléter avec un bal sur Nantes afin de mettre en avant que Nantes fait partie intégrante de la culture bretonne. Les Québécois sont sensibles aux questions d’identité culturelle, et sans faire de débat, ça vient les chercher lorsqu’on leur parle de l’histoire de la Bretagne.

XD : Comment a été accueillie la musique bretonne par les deux autres membres québécois ? Comment s’est passé votre rencontre ?

EH : Nous (Manu et Antho) sommes un couple dans la vie et nous aimons chanter que ce soit dans des « partys », ou dans la vie en général. Nous avons rencontré Félix dans un party d’un nouvel an organisé chez un ami commun. Le hasard a voulu que nous chantions une polka-plinn qui se trouvait être la chanson bretonne préférée de Félix ! Il a sorti sa guitare et s’est mis à taper du pied. Le groupe porte d’ailleurs le nom de cette chanson : Les Siffleurs de Nuit (Ar C’hwiteller noz, en Breton). Nous avons rencontré Alex dans un « Jam session ». Nous avons chanté un kan ha diskan et Alex a sorti sa nickelharpa, un superbe instrument traditionnel Suédois. Nous avions alors rencontré le quatrième « siffleur ! ». Manu et Antho au chant, apportons le répertoire et nos deux « chums de gars » (potes, en québécois) poly-instrumentistes ont carte blanche pour les arrangements. Ils apportent une bonne touche de musique québécoise, mais aussi celtique ou scandinave. Cela nous a permis de nous forger un son qui nous est propre.

XD : Que souhaiteriez-vous préciser sur la sortie de cet album ?

EH : Notre album est une auto production qui n’a pas été financée par des subvenions mais en grande partie par des soutiens, via Internet. Parmi les quelques groupes de musique bretonne existants actuellement au Québec, nous sommes les premiers à avoir enregistré un album et nous en sommes très fiers. La musique bretonne est belle et mérite d’être métissée et partagée.

Propos d’Emmanuelle HELIAS recueillis par Xavier DANIEL.


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Nous vous proposons d'écouter un medley de trois titres extraits de l'album : "Sur le pont de Nantes", "Gwerz Dom Yann Derrian",
"La casquette de violette" (05:51).
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Les titres du CD "Déliez-moi les pieds"

01 - Kanet berjelennig - Anter dro 04:25
02 - Metig - Gavotte 03:32
03 - Gwerz Dom Yann Derrian - Complainte 04:13
04 - Set de la rivière - Le courant/Reel du lourd portage 03:36
05 - Merc'hed ploneve' - Plinn 04:44
06 - La casquette de violette - Rond St-Vincent 04:34
07 - O'Rabat eo touch 03:07
08 - Dans les prisons de Nantes - Rond de Loudéac 05:03
09 - Dessus le pont de Nantes - baleu 01:41
10 - Sur le pont de Nantes - Rond de Loudéac 03:12


CD "Déliez-moi les pieds"- LES SIFFLEURS DE NUIT
Parution : novembre 2014 (Montréal)
Autoproduction (Pour acheter le CD ou les titres numérisés, cliquez ICI)
Distribution : Coop Breizh (avril / mai 2015)

Prochainement disitribué par :

© Culture et Celtie

Illustration sonore de la page : LES SIFFLEURS DE NUIT - "O'Rabat eo touch" - Extrait de 01:13.
Le site Internet des SIFFLEURS DE NUIT : lessiffleursdenuit.wix.com/site
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