Sur ces pages nous ne sacralisons aucune star ! Nous évoquons avec la même conviction les talents très connus, comme ceux de l'ombre, traditionnels ou progressistes, tous les artistes qui portent haut la Bretagne et la Celtie d'aujourd'hui.



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Xavier DANIEL s'entretient avec la harpiste Nolwenn ARZEL
Le site officiel de l'artiste

© Photo Kévin PERRO

Xavier DANIEL : Bonjour Nolwenn Arzel. Vous avez enregistré trois précédents albums en solo. Qu’est-ce qui caractérise ce nouvel album, « Strewiñ  », hormis le fait d’être accompagnée de musiciens ?
Nolwenn ARZEL : Oui mes trois précédents travaux étaient solistes. Une manière, pour moi, de mettre en avant la harpe qui, malheureusement, en groupe est souvent écrasée par les autres instruments. C'est un écueil que je voulais absolument éviter sur ce nouvel album. J'espère avoir trouvé le bon compromis, le bon équilibre. Cela me permet de donner une autre dimension à mon répertoire tout en gardant une harpe dominante. J'espère y avoir réussi. J'ai, également, voulu sortir de ma solitude pour rendre ma musique plus « accessible ». Ecouter un instrument soliste est, souvent, une démarche de passionné et de connaisseur.

Je veux que la musique celtique, interprétée à la harpe, puisse être connue du plus grand nombre.
Et puis, historiquement, la musique bretonne est une musique d'ensemble, de collectif, de partage. C'est ce que j'ai voulu vivre, pour, à mon tour, pouvoir la faire partager. C'est un nouvel état d'esprit, sans doute le reflet de changements intérieurs et personnels.
Mon répertoire, quant à lui, n'a pas beaucoup changé. Mes inspirations restent les mêmes, mais sans doute que l'expérience et donc la technique, sont différentes et plus développées. Je passe mon temps à me perfectionner, à chercher, c'est passionnant !

XD : Sur quel type de harpe jouez-vous ? Quel rapport avez-vous avec cet instrument ?

NA : J'ai choisi de mettre en avant le travail d'un luthier breton, Monsieur Le Boulge. Il est installé dans le pays vannetais et produit des harpes remarquables.
Je vis une belle histoire d'amour avec la harpe depuis, maintenant, bientôt 20 ans. J'ai eu un vrai coup de coeur pour cet instrument. J'ai, très vite, pris des cours auprès de Pol Quefféléant (groupe An Triskell) puis, j'ai essayé de pratiquer d'autres instruments comme l'accordéon ou la flûte irlandaise. Mais avec aucun autre d'entre-eux je n'ai eu cette sensation de facilité et surtout d'évidence. J'ai toujours pensé que c'était la harpe qui m'avait choisie.



© 3ème CD « Are A Garan » - Photo de fond : Kévin PERRO

XD : Comment avez-vous rencontré les musiciens qui vous accompagnent dans cet album "Strewiñ ? Notamment Kevin Camus qui est, aussi, musicien de Nolwenn Leroy ?

NA : Tous sont des amis de longue date et des musiciens que j'estime pour leurs qualités. Je connais Kévin depuis plusieurs années et lorsque que j'ai sorti mon précédent album « Are a Garan », en 2010, il m'avait gentiment proposé de poser son uillean pipe sur ma harpe. Cette proposition n'était pas tombée dans l'oreille d'une sourde. C'est pour cela que je lui ai demandé, cette fois ci, de m'accompagner. Très pris par son travail avec Nolwenn Leroy, je n'espérais, pas forcément, qu'il soit disponible, mais ce fut le cas ! Maintenant, il me suit lorsque nous donnons des concerts avec la formule trio ou quartet.


XD : Quelles sont vos références « harpistiques » ?

NA : Enfant et ado, j'ai vécu deux chocs « harpistiques » : Le 1er, lorsque j'ai découvert l'instrument : c'était lors d'un concert des Triskell, avec Gilles Servat, pour le spectacle « l'albatros fou ». Je ne me remets, toujours pas, de la puissance artistique et émotionnelle de cet album. Je crois, vraiment, que les frères Quefféléant m'ont appris l'émotion, la vérité, la sincérité. Le deuxième fut le groupe « Sedrenn » que j'ai découvert, dès sa formation. La modernité et l'énergie du jeu d'Elisa Vellia et de Christine Merienne m'ont, profondément, marquée. Depuis j'ai eu d'autres coups de foudre, mais en général, pour des harpistes irlandaises ou écossaises. Je pense à Grainne Hambly ou Savourna Stevenson. Mais il y en a bien d'autres !

XD : Etes-vous parente avec Alphonse Arzel (*) auquel vous rendez hommage ? Votre présentation, sur le site de Coop Breizh, nous interpelle : « Sans contrainte, elle a été élevée au-delà de l'amour de la musique et de la danse dans une revendication passionnée et romantique de l'identité bretonne ».

NA : Oui, c'est un cousin éloigné. Mais nous sommes bien de la même branche « Arzel ». Il venait souvent me voir en concert lorsque je jouais à la chapelle de Larret, à Porspoder (berceau de la famille). C'est une personne que j'admire. Lorsque j'ai appris son décès, j'ai, immédiatement, enregistré la mélodie « O'Carolan's farewell » pour lui rendre hommage. C'est ma manière de le remercier pour son combat et pour le bien qu'il a fait pour les générations futures. A cette occasion, j'ai d'ailleurs fait un montage vidéo visible sur You Tube (Alphonse’s Farewell, Hommage à Alphonse Arzel). Grâce à l'album et à mes concerts, je vais, ainsi, avoir l'occasion de parler de lui. C'est mon devoir de mémoire !
Oui, une « revendication romantique et passionnée de l'identité bretonne ». Ma mère est d'origine bretonne, mais elle est née à Paris et y a vécu jusqu'à ses 20 ans, avant de quitter son travail dans une banque parisienne pour pouvoir vivre définitivement en Bretagne. On peut dire qu'elle a vécu la grande époque, les festoù-noz avec des alertes à la bombe, des contrôles d'identité, Alan Stivell à l'Olympia. Elle avait 18 ans. Elle en parle comme si c'était hier, les festoù-noz « jusqu'à pas d'heure » et le premier métro de 6h pour rentrer chez soi, la route tous les week-ends pour rentrer en Bretagne et suivre le Bagad Bleimor (elle était mariée à un sonneur de là-bas)...
Ma mère me parle souvent du bonheur de respirer l'air breton, de dormir en Bretagne tous les soirs. Elle se sent mal quand elle prend la voie expresse direction Paris et inversement... La chanson de Gilles Servat, « Je dors en Bretagne ce soir », résume, parfaitement, le ressenti de toute une génération déracinée, nostalgique mais aussi « idéalisatrice » d'une Bretagne rêvée. Certes, je n'ai jamais quitté la Bretagne bien longtemps, à part une année passée à Paris, justement pour mes études, mais je suis pleinement consciente de mon bonheur d'être ici !


XD : Sur quels critères avez-vous choisi les morceaux que vous interprétez sur ce 4ème album ?

Je suis une musicienne, dite traditionnelle, la partition n'est pas mon support favori.
Je lui préfère la flânerie auditive et, ensuite, la mémoire. J'écoute donc beaucoup de musique, je fais des recherches (merci au fond Dastum), je lis, j'écoute, j'essaye... Ensuite je fais confiance à mon instinct et à ma sensibilité. Mais chaque morceau à une histoire. Pour moi la musique est belle mais pour être vraiment belle, elle doit avoir un sens. L'histoire lui donne une autre dimension. On écoute pas de la même manière le Requiem de Mozart de la même façon quand on connaît son histoire. Sans l'histoire c'est beau, avec c'est magistral. 


© Photo Kévin PERRO

Je pense à « O'Carolan's Farewell », Turlought O'Carolan, harpiste irlandais du XVII° siècle qui a écrit ce morceau pour qu'il soit joué à son enterrement. C'est son épitaphe musicale. Je l'ai, d'ailleurs, voulu comme cela pour Alphonse Arzel. Ce morceau a failli s'appeler « Alphonse's Farewell ». Et tous mes morceaux ont, ainsi, leur histoire, leur sens, leur raison d'être.

XD : Parmi, votre répertoire… une création. Est-ce que vous tendez à aller, de plus en plus, vers des compositions personnelles, notamment pour un futur album ?

NA : Oui, « La valse suspendue » est une composition. J'ai beaucoup d'autres choses qui dorment dans ma tête et dans mon magnétophone. Sans doute que le prochain album sera plus étoffé en compositions. Mais la composition est une chose complexe. Offrir à l'écoute du public une composition, c'est lui donner un morceau de son intériorité, de sa propre personne. C'est, pour ma part, très intime.

XD : Comment définiriez-vous votre univers ? Coop Breizh parle, comme je vous le disais, précédemment, de « Revendication passionnée et romantique de l’identité bretonne ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

NA : Mon univers me semble assez simple parce qu'il est le fruit de toute une éducation. J'ai baignée dans cette musique donc je n'ai pas forcément conscience de sa spécificité. Mon souhait est de pouvoir faire découvrir la musique bretonne et celtique, en général, par le biais de la harpe, sans tomber dans le folklore et les clichés connus de la Bretagne, ni dans ceux de la harpe qui sont, également, nombreux (Brocéliande, imaginaire fantastique, fées...). Ce sont des univers que j'apprécie, de temps en temps, mais je ne souhaite pas enfermer la harpe, uniquement, dans ces images-là. Il y a deux écueils à éviter et ce n'est pas facile. Disons que, pour le moment, je sais ce que je ne veux pas.

XD : Quels sont vos projets, vos désirs musicaux pour l’avenir ?

NA : Pour le moment, je prépare ma tournée de concerts en Bretagne : 30 concerts dans la région ! Ensuite, j'attends avec impatience la sortie du dernier dessin animé du réalisateur Nord Irlandais Tomm Moore, « The Song of the Sea ». J'ai eu le plaisir de poser quelques notes de harpe auprès de Kévin Camus et de Nolwenn Leroy, pour la Bande Originale du film. C'est prévu pour la fin de l'année. Pour Novembre, également, sortira le dernier album des Marins des Abers de Plabennec avec qui j'ai joué et enregistré une chanson en hommage à l'héroïque Monsieur Jobart, le patron pêcheur du malheureux « Sokalique ».
Je vais, également, préparer pour l'été 2015, un recueil de partitions de mon dernier album « Strewiñ ». Et enfin, une idée de spectacle pour enfants germe, sérieusement, dans ma tête. J'enseigne la harpe celtique, mais je me suis, également, intéressée de près à la petite enfance. J'ai étudié les pédagogies Dalcroz et Willems qui sont des références en éveil musical. Forte de cette expérience, j'espère pouvoir proposer un spectacle pour l'année prochaine.

Propos recueillis par Xavier DANIEL.


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(*) Alphonse Arzel : Une grande figure de la Bretagne. agriculteur de profession, il occupa diverses fonctions, notamment, comme maire de Ploudalmézeau et sénateur du Finistère. Suite au naufrage de l'Amoco Cadiz, devant la plage de Portsall, commune de Ploudalmézeau, il incarna la défense des intérêts de sa commune et de toutes celles dont les côtes ont été souillées par la marée noire.
En 1980, il fonde le Syndicat Mixte de Protection et de Conservation du Littoral Nord-Ouest de la Bretagne, qui deviendra Vigipol, en 2000 et mène le combat qui aboutira, en 1992, au terme d'un procès fleuve, à Chicago (États-Unis), à la condamnation du géant Amoco et à l'indemnisation des collectivités et des particuliers victimes de la marée noire. (Source : Wikipedia).

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© Culture et Celtie

Illustration sonore de la page : Nolwenn ARZEL : www.nolwennarzel.com extraits de :
- « Valses irlandaises » de l'Album « Are A Garan »
- « O'Carolan's Farewell » de l'album « Harpe de Bretagne - Strewiñ ».

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