Sur ces pages nous ne sacralisons aucune star ! Nous évoquons avec la même conviction les talents très connus, comme ceux de l'ombre, traditionnels ou progressistes, tous les artistes qui portent haut la Bretagne et la Celtie d'aujourd'hui.



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Jeudi 19 novembre 2009, Alan STIVELL enflamme le Bataclan, à Paris

Anciennement ; « Palais chinois du Ba-ta-clan » sous Napoléon III, cette salle créée par l’architecte Charles Duval est un bâtiment fait de bois, pierre et brique avec de forts beaux revêtement extérieurs en céramique.

Cet ancien « Caf-conc’ » accueillait les personnalités les plus disparates du début du siècle et se permit, même, d’inviter, en 1905, William F. Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, lors de la grande exposition universelle de Paris.

Aujourd’hui, encore, tout en conservant son charme exotique, cette scène mythique et incontournable du 11ème arrondissement de Paris, voit défiler tous les grands noms du rock, jazz, blues et de la world music.

19 h 00. Une file longue de plus de 300 m se déploie sur le trottoir du boulevard Voltaire. Au fronton de l’édifice, brille, en lettres lumineuses, un nom, celui d’Alan Stivell. L’artiste n’avait plus fréquenté cette jolie salle depuis sa mémorable tournée « Again », en 1994.

Nous entrons dans ce lieu feutré habillé d’un rouge cardinal et aux lumières tamisées...

Les balcons circulaires qui ornementent ce petit théâtre lui confèrent un charme indéfinissable.

Sur la scène, campées telles des oriflammes, les deux harpes altières caressées d’un vert absinthe, très doux.

Les voici, donc, les reines de la soirée !

20 heures. La scène est plongée soudainement dans le noir et les musiciens entrent sous les applaudissements. Alan se dirige d’un pas alerte vers sa splendide harpe Camac-Stivell.1, mais qui devrait, bientôt, céder sa place à une nouvelle venue au cours de cette même tournée, dans quelques mois. Alors, profitons encore de sa courbe élégante et de sa haute technologie.

« Bonjour à tous, vous allez bien ? »
Le ton est donné, il sera celui de toute la soirée, chaleureux, convivial, celui d’un homme heureux de partager quelques heures de spectacle avec 1500 âmes, déjà presque acquises à sa cause.

Dès le départ, l’artiste se prête à un exercice de style très difficile en interprétant , la chanson « Eibhlin », vieux chant gaélique, aujourd’hui sorti de l’oubli grâce à son dernier disque « Emerald » signifiant « émeraude ». Les éclairages seront, précisément, placés sous la couleur de cette pierre précieuse dont la mer d’Iroise prend, parfois, les éclats, le musicien Breton nous rappelant qu’il fête, ce soir, de manière symbolique, le 40ème anniversaire de l’enregistrement de son premier album « reflets », le bien nommé. La voix est bien placée et l’artiste s’en tire habillement dans les interprétations peu évidentes que sont « Lusk » et « Marionig », narrant les aventures de Marie Tromel plus connue sous le nom de Marie du Faouët.
« Tout ceci pour vous présenter mon dernier opus « Emerald » qui célèbre quarante années de carrière et mon premier disque nommé « Reflets » dont je vais vous rappeler le souvenir avec ces quelques chansons »….

Stivell s’installe, seul, face à sa harpe bardique. Ses doigts déliés courent sur les cordes de métal d’où s’échappent des chapelets de notes cristallines qui flattent agréablement nos tympans. Qu’il est doux le chant qui s’échappe de ses lèvres tandis que nous reconnaissons, au passage, les extraits de « Sally free and easy », « Reflets » son premier poème chanté « Silvestrig », « Marig ar Pollanton, la « Suite Irlandaise » en version fredonnée et chantée.

Nous revoici revenu quelques décennies en arrière, nous traversons avec lui les chemins de traverses et de terre de sa Bretagne bien aimée. L’ambiance, dans la salle surchauffée, n’est pas loin de me rappeler l’heureux temps de Bobino 1973.
Il faut bien l’admettre, Alan Stivell a toujours eu de merveilleux moments d’échange avec une certaine caste de public appréciant aussi bien le compositeur avant-gardiste et novateur que le musicien emprunt de celtisme. Ce soir, nous ressentons un moment relationnel très fort avec l’artiste, sans doute dû à la nostalgie.

Puis suivent « Harpe Atlantique », « Te », sans oublier l’admirable « Brian Boru ».

« Bardé d’influences diverses », entre ses majestueuses harpes électrique et bardique, accompagné d’excellents musiciens, Alan saura mêler avec talent, tout au long de la soirée, chansons anciennes et nouveaux titres au son plus rock sans oublier ses racines bretonnes demeurées intactes.

Un très court entracte et le groupe, dans son intégralité, remonte sur les planches pour une seconde partie qui s’avérera « hargneuse » avec des sonorités très techno et hard rock. La batterie très appuyée et la guitare rageuse aux riffs nerveux rappelleront très vite, à ceux qui l’auraient oublié, qu’Alan Stivell est « un enfant du rock » et non pas « un barde du temps passé ». Tant pis pour ceux qui souhaiterait le placer sur le piédestal figé d’emblème régional, Stivell est justement un homme qui marche vers l’avenir et hors de ses frontières hexagonales, « un peu gaulois, très gallois, européen, c’est certain, un passeur, un voyageur ouvert au monde ».

Stivell mène son groupe « tambour battant ». Ca détonne !
Peu figé devant son micro, très mobile, le poing levé, le chanteur vit et vibre en interprétant les très soutenus morceaux issus d’Emerald.
Déjà, « Tamm a Tamm », « Harp plinn » ont subi des mutations dans l’écriture musicale qui ne sont pas pour nous déplaire personnellement. Multi-instrumentiste, il excelle aussi bien à la flûte Irlandaise qu’aux cornemuses électrique ou classique. Il s’amuse en jouant une intro ? version improvisée de « petite fleur » de Sydney Bechet à la bombarde avant d’interpréter une virevoltante version de la « Suite Sudarmoricaine » et un « Brittany’s » qui donne le tournis.

Puis, un peu sérieux, comme il aime à le rappeler à tous, et comme nous sommes précisément dans le « mois noir, nous écouterons « Miz Tu » tiré de l’excellent album « Explore ».

Mais le « harper » n’en a pas fini avec nous. Il veut nous laisser des regrets éternels, que nous nous souvenions de ce 19 novembre 2009 comme nous nous souvenons d’un certain Olympia de 1972.

« Branle bas de combat »…. Le revoici avec « Brezhoneg‘ raok », car sans langue Bretonne, plus de Bretagne….

Tout le monde est debout, jeunes et moins jeunes, un couple d’admirateurs fidèles venu de Vienne (Autriche), nous n’en pouvons plus…. Lui non plus d’ailleurs !

Le combat fut beau et la victoire de l’artiste l’est aussi. Impossible qu’il ne s’échappe sans satisfaire ceux qui attendent son tube planétaire « Tri martolod », bien sûr !
Nouveau rappel….

« On reprend « Brittany’s » ?

Bien sûr que nous allons le reprendre avec lui et on ne va pas se gêner. L’instant est si beau.

Une fois de plus, Alan a entraîné la foule, il y avait des danseurs serrés qui essayaient de se frayer un difficile chemin, on aurait presque pu continuer à danser dans la rue car la ferveur était là.

Un vent breton et gaélique flottait ce soir là sur le Bataclan avec, toujours, une ouverture sur le monde et sur la mer ….

« Le monde est ma maison,
Et la Bretagne mon appart.
Je le dis sans hargne et à raison
Sans honte on est bretons»
Ar bleizi mor…..

MA-GNI-FIQUE !!!!!!

- Photos : Anny MAURUSSANE
- Texte : Anny MAURUSSANE

avec la participation d' Evelyne PERNEL



Le site officiel d'Alan STIVELL: www.alan-stivell.com
et My space : www.myspace.com/alanstivell

© Culture et Celtie

Illustration sonore de la page : Lusk et Silvestrig.
Montage d'extraits des albums "Reflets" et Emerald"... 40 ans ! les séparent... la tournée "Emerald" les réunit.
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