Alan Stivell, un musicien, une oeuvre...
L'article...

The Mist of Avalon

en hommage aux livres de Marion Zimmers Bradley
Les Dames du Lac, the mists of Avalon


Paru en 1991, "Mist of Avalon" est un album concept, toutes les chansons le composant concernent un même et unique thème : celui de la légende arthurienne, qu'Alan décide de nous faire découvrir ou redécouvrir. Cet album fait la part belle aux musiciens et au talent d'Alan en tant qu'arrangeur-compositeur-interprète, puisque près de la moitié des morceaux sont des instrumentaux. La structure même de l'album, l'enchaînement parfaitement étudié des morceaux, nous montre qu'Alan maîtrise parfaitement son sujet. "Mist of Avalon" a été, pour moi, une révélation car le musicien nous montrait encore une fois l'étendue de sa culture, qu'il a vulgarisée pour en faire une oeuvre magique.

Dans les premiers titres de cet enregistrement, Alan Stivell choisit de nous dresser d'abord le portrait des principaux personnages qui composent l'épopée arthurienne. Honneur est fait aux femmes, avec la "Dame du lac", c'est-à-dire Viviane, qui aime et est aimée de Merlin. Pour illustrer ce lac et cette nature, nous pouvons entendre dans l'introduction le bruit du vent, de l'eau et le croassement des grenouilles ! Il semble la chercher partout où elle n'est pas, pour, en fin de compte, la retrouver toujours près du lac. C'est en fait une chanson inspirée d'un thème des sœurs Goadec, dont Alan fut très proche.

Puis voici l'inquiétante Morgane, élevée par Viviane et demi-sœur d'Arthur, dont elle aura d'ailleurs un fils. Alan nous la dépeint à travers un air traditionnel irlandais. La flûte donne le sentiment que Morgane, elle aussi, est insaisissable, et renforce même le côté magique de son personnage. On imagine aisément de grandes étendues sauvages… de leur côté, les percussions nous donnent l'impression que Morgane court ou galope dans la lande.

Référence est faite ensuite à Guenièvre, l'épouse d'Arthur. Dans ce morceau, inspiré d'un chant breton, Alan est accompagné par Charlie Morgan, à l'époque, batteur d'Elton John. La voix de l'artiste breton est presque envoûtante au début du morceau, puisqu'elle est celle d'un homme amoureux de sa belle. Elle le rejoint d'ailleurs dans le refrain et l'on sent une communion "homme-femme", très intense et très douce à la fois, lors de la réunion de ces deux voix.

Animation GS

Arrive la plus belle chanson de l'album, du moins pour moi. Olwen est la fille du terrifiant roi des géants. Pour l'épouser, le prince Kulhwch doit accomplir plusieurs défis lancés par le roi. Aidé d'Arthur et de ses chevaliers, il parviendra finalement à épouser "la pure et blanche" Olwen. Le refrain est écrit dans le breton le plus ancien connu à ce jour. Cette chanson donne littéralement des frissons : à la première écoute, on devine tout l'amour du prince pour sa belle ; en écoutant les paroles, on découvre une poésie extraordinaire. Cette communion entre le prince et Olwen est d'ailleurs parfaitement imagée par Alan dans ce mélange des voix masculine et féminine reprises dans le refrain. Le bonheur à l'état pur !

Concernant les personnages masculins, Alan Stivell rend hommage à l'"ancêtre" Taliesin, barde du VIe siècle. Alan interprète ici un poème réellement écrit par lui et adapté en gallois. La musique et les paroles ne sont pas très "faciles" à l'oreille, mais il y raconte la bataille de Catraeth. Les bardes (tel Myrddin, par exemple) se faisaient l'écho des résistances, des victoires ou des échecs guerriers. Violon, bombarde et flûte y sont mêlés dans un rythme endiablé pour exprimer sans doute la violence des combats…

Pour évoquer le plus connu des chevaliers de la Table ronde, Arthur, Stivell, s'inspirant d'un thème gallois écrit au Ve siècle pour la harpe, a créé un morceau extraordinaire. Cet instrumental, joué sur la harpe construite par son père, est très court, certes : il fait moins de 2 minutes, mais il dégage une sensation de légèreté, de flottement irréels. Il y évoque la blessure d'Arthur reçue lors d'une bataille et à la suite de laquelle il doit être emmené à Avalon afin d'y être soigné.

Dans un second temps, le musicien nous promène dans les lieux célèbres des légendes celtiques. Nous faisons une halte à Camelot, le château mythique d'Arthur où se réunissaient les Chevaliers de la Table ronde, et pour évoquer ce lieu légendaire, Alan a fait appel à tous les instruments typiques celtes : bombarde, uillenn pipe et bien sûr sa harpe. Le morceau est assez lent, comme pour exprimer la quiétude qui règne encore au château. Les instruments reprennent toujours le même thème les uns après les autres, au fur et à mesure qu'ils sont intégrés, pour terminer évidemment sur une note de cornemuse…

Sur un thème breton, nous nous promenons ensuite dans la forêt de Brocéliande jusqu'au Val sans retour. Il était nommé ainsi car la fée Morgane y attirait les amants infidèles qui ne pouvaient plus repartir de ce lieu encaissé. Au niveau musical, ce morceau est remarquable car il fait jouer ensemble Patrick Tison (guitariste de Goldman, Dion ou encore Joe Cocker) avec les enfants de l'école Diwan de Saint-Brieuc (dont le fils d'Alan, Gwenvael, faisait partie). Cette impression de vallée encaissée est accentuée par les claviers de l'intro qui résonnent comme s'ils se répercutaient dans la vallée. Quelle idée géniale cet effet "d'écho" dans le couplet : la phrase chantée est reprise légèrement en décalé. On s'y croirait !

Faisons un petit détour par Belenton, la fontaine de Brocéliande à qui l'on attribue des pouvoirs magiques. Selon la légende, verser un peu de l'eau de cette fontaine sur sa margelle amenait immédiatement des pluies abondantes. Là encore, le thème est parfaitement illustré : la harpe donne une impression d'eau qui coule, et de calme incroyable, comme celui que l'on trouve au fin fond de la forêt. Une voix de femme vient se greffer aux instruments de façon irréelle, telle celle d'un esprit, le morceau s'achève crescendo, comme un rêve qui s'évanouit. C'est, à mon avis, un véritable petit bijou musical.

Dans une dernière partie, Alan nous fait revisiter la légende d'Arthur à proprement parler, c'est-à-dire avec son Graal et ses chevaliers, ses guerriers.
Dans une sorte d'introduction, préparatoire du départ, on pourrait regrouper trois titres : "Quest", "An advod" et "Horses on the hills".

D'abord la "quête", sous-entendu du Graal bien sûr, est illustrée par les claviers et la harpe sur un air très rythmé, comme les guerriers se mettant en route. Cette impression de course est accentuée avec l'arrivée des bombardes et des cornemuses, instruments celtes par excellence. Il enchaîne avec le titre "An advod", mot créé, pour la circonstance, par Alan. On peut y déceler la notion de refuge, de temps de repos avant la chevauchée finale. Les troupes d'ailleurs se rassemblent ensuite avec "Horses on the hills", que "le fils du guerrier" voit passer dans "le matin glacé"… Les paroles sont secondées par une musique assez rythmée, qui fait que le tableau est admirablement dressé par Alan pour que nous vivions ou revivions cette épopée, avec lui.

Afin d'évoquer le Graal même, Alan Stivell s'est adjoint les services de Francis Lalanne, qui a collaboré à l'écriture des paroles. Le vent souffle, puis la harpe joue, rejointe bientôt par le piano. Le changement de rythme du refrain fait penser à une course folle, à des chevaux qui s'emballeraient, ou à des guerriers se retrouvant à bout de souffle. On parle de la Table ronde bien sûr, ainsi que de "la mutation", c'est-à-dire la coupe de la Cène dans laquelle Jésus a transformé le vin en sang…La fin du morceau est assez longue, le roulement des percussions donne la sensation de voir s'évanouir toute la cavalerie.

Pour compléter le tableau, si je puis dire, Alan mélange la langue bretonne et anglaise dans le titre "From Avallac'h", comme pour réunir les deux côtés de l'océan. Une musique très douce, lente, qui exprime, sans doute, le retour d'Arthur chez lui. La voix masculine d'Alan est bientôt rejointe par celle d'une femme (Guenièvre ?) dans une communion sublime.

Enfin, dans un morceau musical assez rock, les troupes se rassemblent pour le retour final à Avalon. Arthur et ses troupes chantent en chœur leurs souhaits futurs pour leurs peuples : "Nous ne voulons tuer aucun Saxon, nous ne voulons pas gouverner le monde, nous devons récupérer l'épée. La reconnaissance, c'est tout ce que nous voulons". Un message ô combien cher à Alan, qu'il a porté tout au long de sa carrière. Là encore, pour ce retour final, Alan a mélangé le breton et l'anglais afin de montrer que les deux peuples sont celtes et donc unis avant tout. Cette communion est accentuée par tous les instruments jouant avec le chœur réclamant à pleine voix et à l'unisson que les deux pays soient à nouveau unis, et pour toujours.


Stivell a fait de cet album un concentré de toute la culture celte des origines. Il a réuni de grands musiciens pour recréer toute l'atmosphère de cette légende d'Arthur.
Il a composé des morceaux vraiment exceptionnels, tel "Olwenn". Dans chacune des chansons, il a réussi à restituer un univers unique qui décrit parfaitement le thème abordé. C'est un "disque intelligent" qui allie plaisir d'écoute et connaissances historiques. Chaque titre mérite d'être disséqué et écouté attentivement. Cet album est comme le bon vin : il devient meilleur au fur et à mesure qu'on l'écoute…

Article de Sandrine

Animation GS d'après les photos du CD Dreyfus



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