Alan Stivell, un musicien, une oeuvre...
L'article...

Coïncidence ou prolongement ?...


Dans le CD "I Douar", la chanson "Crimes"….
Trente ans auparavant… "Le bourreau"…

En écoutant le disque "1 Douar", nous sommes immédiatement frappés par les idées de partage, de paix et de fraternité véhiculées par chacun des textes qu’il contient.
Parmi ceux-ci, il y en a un qui a retenu mon attention, tant par les paroles que par la mélodie : il s'agit du titre "Crimes" interprété, en duo, avec Khaled.

Yann-Bêr, auteur d’un article en deux parties, paru sur le site, a écrit sur les débuts discographiques d'Alan et sur la sortie, en 1968, d’un 45 tours comprenant quatre titres: "Flower-Power", "Les vaniteux", "Là où s'en va le Vent" et ... "Le bourreau". Ces morceaux semblent présenter, à priori, peu d’intérêt, car ils s’inscrivaient dans le contexte "variétés" de l’époque et Alan, lui-même, n'a que peu cité et interprété ces titres. Devons-nous, cependant, lui en vouloir ? Il venait de signer un contrat avec une grande maison de disques qui ne jurait que par ce style de musique. Faire passer des idées et un nouveau genre musical impose, parfois, ce genre de concessions en première intention pour parvenir à ses fins... et ceci, Alan nous l'a bien prouvé !

Revenons donc, aux chansons "Crimes" et "Le bourreau" écrites par Alan Stivell...
J'ai, en effet, été frappée par leur point commun. En ce qui concerne la mélodie, les couplets de l'un reprennent, en variation, le thème de l'autre et les refrains sont quasiment identiques.
Cependant, l'arrangement musical de "Crimes" est bien plus riche car on y retrouve la consonance celtique qui fait défaut dans "Le Bourreau", les rythmes sont bien marqués par une instrumentation maîtrisée aux influences pleinement "Stivelliennes".

La voix magique de Khaled apporte, à cet ensemble , la "couleur musicale" épicée de son pays d’origine.

Quant aux textes, les idées véhiculées traitent d’un même sujet : le constat déprimant des désastres apportés par les guerres et leur violence, l'interrogation sur les raisons de ces actions, la tristesse qui pèse sur les cœurs meurtris... Nous pouvons regretter que les paroles du "Bourreau" ne soient interprétées qu'en langue française alors que dans "Crimes", Alan et Khaled chantent en français, mais aussi en breton et en anglais avec une parfaite superposition de leurs voix respectives. Afin de montrer l’évidence et l’analogie des idées traitées dans ces deux écrits il m'a semblé intéressant d'en reprendre, ci-après, quelques passages et de les mettre en parallèle.

CRIMES

Jamais une nuit sans fantômes
Sans le rouge au couteau


Pitié tueurs ou malheurs,
Dans ce monde ou ailleurs,
Vous n'aurez ni repos ni bonheur
De la honte connaîtrez l'horreur

Pitié vendeurs d'armes, voleurs d'âmes
Tueurs au nom des lois
Ou prétendus idéaux
La honte de s'appeler humains
Quand l'homme est pire que la bête

LE BOURREAU

Combien de fleuves de sang humain
Le sang qui enflamme les pleurs,
Le sang qui parfume l'honneur

Dis-moi enfin vieux bourreau
Quand donc vas-tu mourir ?
Quand auras-tu compris qu'il te faut partir
Que ta place n'est pas sur terre

Mon Dieu, quelle triste société
Qui se venge d'elle-même
En tuant des innocents
Lâcheté qui paye pour tuer
Et qui tue pour payer
L'habit de ta pourriture



Trente ans après, Alan reste donc fidèle à ses idées et le combat qu'il mène, comme d'autres artistes, contre la férocité humaine est encore loin d'être terminée.
"Raison n'est pas de ce monde"... (Le bourreau).

Article de Mireille


Même si l'accompagnement très "variétés" du "Bourreau", imposé, à l'époque, par Philips, ne rend pas ce titre impérissable, les mots restent, toutefois, plus substantiels que nombre de tubes du moment. Notamment lorsqu'il s'agissait de succès anglo-saxons, que l'on portait, pourtant, en ces temps, au pinacle, faute, il faut bien l'avouer, pour une grande majorité, de les comprendre... heureusement, d'ailleurs !...
C'est à ce titre et pour les collectionneurs que Mireille nous transcrit, ci dessous, le texte intégral du "Bourreau" qui est loin de démériter...

Nous vous proposons, également, notamment à l'intention de ceux qui ne connaissent que "Crimes" de l'album "1douar", un court montage sonore, certes, "osé", qui, malgré la différence de tempo et de spectre sonore (mono-stéréo et qualité de l'enregistrement du 45 tours de 1968), relie, dans le temps, les deux titres "Crimes" et "Le Bourreau".

Gérard SIMON


LE BOURREAU

Combien de fleuves de sang humain
Que de coulées de lave pour arroser ton pain
Pourquoi tant de douleurs perdues
De souffrances inutiles pour laver quelques mains ?

Dis-moi enfin vieux bourreau
Quand donc vas-tu mourir ?
Quand auras-tu compris qu' il te faut partir
Que ta place n'est pas sur terre

Le sang qui enflamme les pleurs
Dans le vent de l' horreur
Qui a séché ton cœur
Le sang qui parfume l' honneur
Des grands de toutes les heures
Raison n'est pas de ce monde

Dis-moi enfin vieux bourreau
Quand donc vas-tu mourir ?
Quand auras-tu compris qu'il te faut partir
Que ta place n'est pas sur terre

Mon Dieu, quelle triste société
Qui se venge d'elle-même
En tuant des innocents
Lâcheté qui paye pour tuer
Et qui tue pour payer
L' habit de ta pourriture

Dis-moi enfin vieux bourreau
Quand donc vas-tu mourir ?
Quand auras-tu compris qu'il te faut partir
Que ta place n'est pas sur la terre.






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