Alan Stivell, un musicien, une oeuvre...
Le reportage...

19 août 2005
Alan à Bruxelles

A l'occasion de la quatrième édition de l'Eu'ritmix Summer Festival, Alan Stivell se produit à 22 heures pour un unique concert à Bruxelles..
Très éclectique, ce festival propose des artistes venus d'horizons divers, en n'excluant pas le théâtre.
Particularités à signaler : tous les spectacles se déroulent en plein air et sont gratuits.
Sans chauvinisme aucun, la Grand Place est un endroit exceptionnel !
La nuit, avec leurs éclairages, toutes ces façades majestueuses offrent aux visiteurs un splendide mélange de couleurs et de richesses architecturales qui font que ce lieu est non seulement magnifique mais aussi magique !

Quelle chance, alors, de pouvoir assister à un concert d'Alan dans un tel cadre, et ce, malgré l'heure tardive et les risques de pluie.
A ce propos, nos craintes furent de courte durée puisque, protégés par les dieux celtes, le temps fut, finalement, très clément ce soir-là.


Il est 22 heures vingt, enfin les projecteurs illuminent la scène.
L'animateur du festival nous présente Alan, en Français et en Néerlandais, comme l'initiateur de la vague celtique.

Plus que quelques secondes à patienter… le voici !


Animation GS
d'après photo de Jean-François LASCHET

Tout de noir vêtu, Alan remercie le nombreux public, la place est comble, d'avoir affronté la météo et nous présente d'emblée ses musiciens, et c'est, pour moi, la joie de revoir aux claviers Pascale Leberre que j'avais beaucoup appréciée durant la tournée "Brian Boru" de 1995.
Alan est debout aux côtés de sa harpe, la nouvelle "Camac-Stivell", instrument électrique aux possibilités étonnantes.
Le concert commence tout en douceur avec "La Celtie et l'infini", instrumental dans lequel il nous fait découvrir, ou redécouvrir, qu'avec cette harpe il peut aussi jouer "en distorsions" comme on le ferait à la guitare électrique.
Alan présente ensuite "Marig Ar Pollanton" comme la première chanson qu'il a interprétée sur scène. Il la chante, ce soir, seul à la harpe. Intéressant de ré-entendre ce titre de 1970 dans une version épurée.

Pour le troisième morceau, Alan nous rappelle qu'il a été, dans sa jeunesse, Penn-soner, à la cornemuse, du bagad Bleimor.
Après un bref retrait, les musiciens remontent sur scène et c'est parti pour une version endiablée de "Bleimor, le bagad"
En plus des synthétiseurs de Pascale Leberre, David Donatien est aux percussions, Cyril Poirier à la guitare et le "formidable" Arnaud Ciapolino à la caisse claire. Formidable, le mot est faible, car, non content d'être un excellent flûtiste, Arnaud joue aussi de cet instrument avec une étonnante maîtrise.
Dans cet instrumental Alan joue de la harpe mais également d'un étrange instrument.
Il manipule un levriad de cornemuse, sorte de flûte qui caractérise habituellement l'instrument, mais qui dans le cas présent, n'est ni rattaché à un sac, ni un bourdon, mais uniquement raccordé à un fil électrique !
"Electro-pipe, cornemuse électrO nique" plaisantera Alan à la fin du morceau.

Le spectacle se poursuit avec le medley "An Dro - Tha mi sgith" pour le plus grand bonheur des émules des années 70 que nous sommes, mais aussi pour des danseurs de plus en plus nombreux qui envahissent les pavés de la Grand place en se frayant un chemin parmi les spectateurs.


Retour à des chansons plus calmes avec "Ar an garraig - Telenn wad" et "Brian Boru" chantée avec ce grand espoir de paix en Irlande.
Puis vient l'instrumental "Slàn", Jigs extraites de la "Suite irlandaise" et "Gouel hollvedel", où Alan nous prouve, une fois encore, sa grande virtuosité à la harpe.
Mais comme chacun le sait, notre barde est multi-instrumentiste : dans "Let the plinn", outre le chant, il nous prouve qu'il n'a rien perdu de ses talents de Talabarder (sonneur de bombarde) et ce, pour le plus grand bonheur des spectateurs dont certains n'hésitent pas à agiter des drapeaux bretons pour donner encore plus de couleurs au spectacle.

Troisième extrait du cd "Au delà des mots" le titre "Harpe Atlantique" dans lequel Alan alterne un Reel irlandais avec de la musique improvisée.
Quelle virtuosité !...


Animation GS
d'après photo de Jean-François LASCHET

Même si on le sait depuis très longtemps, voir Alan interpréter à une telle vitesse un morceau aussi rapide nous laisse sans voix.
Cette harpe quel fabuleux instrument ! Encore un temps fort de ce concert !

Instant plus émouvant, bien que rythmé, "Ceux qui sèment la mort" retient l'attention du public, car cette chanson, écrite sur un sujet grave est aussi bien construite autour des possibilités de la harpe qui imite ça et là le cri des mouettes engluées.
Un grand moment !

Même espoir de paix en Irlande avec "Cease fire" sur un rythme de Reel que ne renierait aucun Irlandais, l'artiste breton alterne chant et whistle dans ce titre époustouflant.
Une fois encore les musiciens font merveille :
Cyril Poirier est un guitariste sobre mais talentueux qui s'y entend pour marquer le rythme avec sa guitare acoustique ; David Donatien est un percussionniste efficace qui utilise un nombre impressionnant de percussions différentes pour varier le plus largement possible ses accompagnements et bien entendu, Arnaud Ciapolino, qui à la flûte traversière et au bodhran poursuit des dialogues fous avec la flûte d'Alan.

Alan nous annonce déjà la fin du concert avec le final de "Gouel Hollvedel" extrait de la légendaire Symphonie Celtique, qui sera interprété en version acoustique "enfin, semi-acoustique" dit-il en se reprenant et en regardant Pascale Leberre qui éclate de rire !

Si Alan a choisi de faire des concerts sans guitare basse, sans batterie et presque pas de guitare électrique, il faut quand même insister sur le talent et l'importance de Pascale Leberre et de ses claviers. Toujours très sympathique, Pascale exploite toutes les possibilités techniques de ses instruments pour assurer une ambiance musicale et harmoniser à merveille la musique interprétée par le groupe, en y apportant aussi sa touche personnelle.

Comme d'habitude Alan et son groupe saluent et font semblant de nous quitter pour mieux revenir suite à nos cris et applaudissements.

J'ai un peu de mal à reconnaître les premières mesures de "Ian Morisson reel" car le fiddle a fait ici place à la flûte !
Arnaud Ciapolino "y va" d'un solo remarquable bien épaulé par les trois autres accompagnateurs.
Puis, au milieu des projecteurs, Alan arrive, de nouveau, au fond de la scène avec sa grande cornemuse écossaise. Et c'est parti pour une version époustouflante de ce titre légendaire !
Vraiment, le public est comblé et les applaudissements redoublent.

Pas le temps de se remettre que déjà Alan nous présente un titre "qui à l'origine était une chanson paillarde" ce qui provoque de nombreux cris dans l'assistance
Forcément attendue de tous, la "Suite sud armoricaine" comble le public de bonheur et les "lalalalaleno" fusent de tous côtés.
Alan fait une dernière fausse sortie puis revient chanter "Tri Martolod" tout autant espérée par les "Stivelliens Belges", et tout le monde de reprendre le refrain en choeur ou de chanter, pour certains, les paroles en Breton de cette chanson devenue mythique.
Après cette très longue version, Alan prend définitivement congé de l'assemblée en nous laissant émerveillés.
Un grand moment de bonheur !

Etonnant vraiment de voir des personnes de statuts ou de nationalités différentes qui chantent, dansent, "communient" à cette fête celtique : jeunes, enfants, "jeunes des années 70" qui partagent ensemble la même passion.

En restant quelques instants encore sur cette grand place nous avons un peu prolongé ce moment inoubliable qui nous a quelque peu rapprochés de…l'éternité.

Mille merci Alan !...

Reportage Jean-François LASCHET (Belgique)




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