Alan Stivell, un musicien, une oeuvre...
Le reportage...

15 Août 1985
Eglise de Plabennec

15 août 1985, la fête bat son plein depuis le matin dans le bourg de Plabennec qui, en ces lieux, organise son pardon. Pour clôturer la journée, les organisateurs ont invité Alan Stivell et Alain Kremski, en seconde partie, pour un récital donné au sein de son église.

Animation GS d'après photos de Mireille
Ce concert s'inscrit, pour Alan, dans le cadre d'une tournée qui le mène de basiliques en cathédrales à travers la Bretagne. Ces édifices, de par leur architecture, présentent l'immense avantage de restituer toute production vocale ou instrumentale avec une acoustique parfaite. Loin des grandes foules, nous ne sommes qu'à peine plus d'une centaine ce soir, nous retrouvons, ici, le musicien de façon beaucoup plus intime, très près de nous, très près de ses instruments. Alternative qui jalonne sa carrière : apparitions en grands rassemblements suivies de productions en petites salles, tendances rock et électriques suivies de tendances plus introspectives...

20 h 30 : nous sommes quelques dizaines à attendre devant la billetterie.
Nous examinons l'écriteau qui suscite quelques commentaires. Pour ce qui est d'Alan Stivell, la tête d'affiche, pas de problèmes, tout le monde connaît. Il n'en va pas de même pour Alain Kremski : on annonce des interprétations d'œuvres de Liszt, Wagner, Mahler... et des compositions personnelles pour piano. Certains sont incrédules et lancent des réflexions, parfois comiques : "Alanne Stiveulle va chanter (sic !) de la musique classique avec un pianiste ?" ... "On va mélanger de la musique classique avec du breton ?" ... "Stivell va jouer du piano ?" ... Heureusement, un petit groupe semble mieux connaître Alain Kremski et en parle de façon plus objective tout en s'interrogeant, malgré tout, sur les raisons de sa présence aux côtés d'Alan Stivell. Hasard de la programmation ? Jeu individuel de l'un et de l'autre ? Rapprochement tout à fait voulu des deux artistes ? Echange, fusion de leurs styles ? La soirée va leur réserver bien des surprises à cet égard...

21 h 00 : ouverture des portes. Nous pénétrons dans l'édifice qui en rappelle beaucoup d'autres de notre région tant par son architecture extérieure que par son aménagement intérieur. Devant l'autel trônent sur la gauche un grand piano noir, au centre, la harpe réalisée par Michele Sanginetto et sur laquelle Alan joue actuellement. Ses formes sont très épurées et préfigurent peut-être un changement à venir... sur la droite, divers petits instruments de musique. L'organisateur de la fête s'avance. Il est très heureux d'accueillir un duo d'artistes de qualité pour couronner sa journée et nous les présente, brièvement, l'un après l'autre. Il annonce l'enchaînement prévu : Alan Stivell va débuter la soirée, puis, Alain Kremski se produira au piano dans des œuvres de Liszt, Wagner, Malher et des compositions personnelles. Cette prestation sera suivie d'une surprise...
il ne nous dit rien de plus, et, après un court entracte, Alan Stivell reprendra la main pour clôturer le spectacle.


Animation GS d'après photos de Mireille

Alan arrive sous de chaleureux applaudissements. Ce soir, il est tout seul, non accompagné de son groupe de musiciens. Il commence, bien sûr à la harpe, en nous interprétant divers morceaux piochés dans ses précédents albums, dont notamment "Renaissance de la harpe celtique", "Chemins de Terre", "Trema 'n Inis"... Selon le morceau choisi, il l'accompagne de sa voix magnifique surtout dans un tel lieu. Elle se fait encore plus poignante lorsqu'il interprète "Maro ma mestrez", l'introduction de "Telenn Gwad" et quelques autres chansons a-capella. Il s'est écoulé une petite heure quand il annonce son retrait temporaire pour laisser la place à Alain Kremski...

Ce pianiste hors-pair qui, comme Alan pour la harpe, a commencé enfant à jouer du piano, nous joue, alors, des œuvres des compositeurs cités plus haut dans une interprétation déjà de très très bonne qualité. Le piano, lui aussi, acquiert une toute autre dimension quand il est joué dans une église ! Le musicien termine sur des compositions de son cru, à travers lesquelles on pressent des influences tibétaines... Tiens donc ! Il achève son récital en nous annonçant le retour d'Alan Stivell... sans plus de commentaires mais en restant à sa place... Suspens !

Alan réapparaît et nous dit : "Merci à… Alan… (sic) Kremski pour cette interprétation. Nous ne nous connaissions pas beaucoup auparavant et avons décidé, cet après-midi, d'essayer, tous deux, de vous improviser quelque chose. Nous n'avons pas répété, vous verrez bien ce que cela va donner..."

Il s'installe à sa harpe, regarde son "compagnon de concert" et entame quelques notes, Alain Kremski tente de lui répondre mais on sent bien que chacun reste encore quelque peu figé sur ses interprétations habituelles. Cela ne durera pas longtemps ! Deux à trois minutes plus tard, leurs yeux se ferment, la harpe répond au piano, le piano répond à la harpe... nos yeux se ferment à leur tour et c'est parti pour un défilé d'images que chacun agrémente en fonction de ce qu'il ressent. Les influences sont multiples : celtiques, classiques, bouddhistes... en un mot, universelles. Exécutée ainsi, dans cette église, chaque note revêt une douceur, une expression, une harmonie parfaite... Un très, très grand moment, unique, inoubliable, cadeau pour l'assistance présente, pour peu qu'elle l'ait ressenti comme tel.

Les deux artistes s'inclinent devant le public, se retirent "troublés" et sans commentaires. Après un court entracte, nécessaire derrière un tel choc artistique, Alan Stivell revient pour une seconde partie de concert qu'il abordera tout seul, en "homme-orchestre" alternant, harpe, flûte irlandaise et chant. Il est très étonnant de le voir mener tout cela en même temps : une main tient la flûte pour jouer une mélodie, de l'autre, il s'accompagne à la harpe, et entre deux respirations... il chante ! La majorité des morceaux sont puisés dans le répertoire de son dernier disque : "Légende".

Juste avant de conclure, Alan nous livre une autre surprise : deux morceaux en avant-première de son futur album : "Harpes du Nouvel Age". Tout un programme ! Il finira sur un mélange de différents "reels" et "jigs" à la cornemuse et toujours en solo... joli bouquet final…

Reportage et photos d'archives, Mireille




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